Le trading en énergie : au cœur des enjeux énergétiques ?

Le trading en énergie : au cœur des enjeux énergétiques ?

Le trading en énergie : au cœur des enjeux énergétiques ?

Le trading en énergie repose sur l’offre et la demande. La simplicité apparente cache une réelle complexité qui caractérise les mécanismes et enjeux du secteur énergétique. Les consommations énergétiques battent aujourd’hui tous les records et les variations de cette consommation influent directement sur le trading, dont la fonction est avant tout de palier les risques de pénuries et de prévoir les fluctuations des prix du marché.

L’accomplissement de cette fonction implique d’effectuer des opérations d’achats et de reventes de brut ou de productions en prenant en compte les fluctuations des prix du marché, ainsi que les risques boursiers et de pénuries d’approvisionnement. Il est associé aussi bien à l’électricité, avec des bourses de l’électricité pouvant atteindre jusqu’à 120€/MWh, que par exemple au charbon qui a fait l’objet d’une négociation de 666 millions de tonnes par EDF en 2013.

EDF Trading ou encore Vattenfall sont des exemples de groupes leaders en matière de trading d’énergie dans l’industrie énergétique européenne.

Équipe de trading de Vattenfall :
«Optimiser les actifs et négocier de manière efficace et responsable est plus important que jamais, ce qui va de pair avec de la transparence et de la confiance»

La transparence de la majorité des compagnies de trading quant aux bénéfices qu’elles dégagent et aux quantités négociées s’explique par la volonté des acteurs d’éviter de figurer au cœur d’un scandale financier et d’asseoir sa dominance ou du moins son poids sur le marché.
Mais quel est le poids total de ce marché ? Les chiffres exacts sont bien entendus trop complexes à déterminer, notamment en raison des différences entre marchés à court terme et à long terme ou encore à cause des différences entre zones géographiques. Le graphique ci-dessous permet toutefois d’analyser le poids économique de l’énergie au sein d’États sur la période de 2003 à 2013, en kilogrammes d’équivalent pétrole par milliers d’euros du PIB :

1Graphique 1 : Mesure de l’efficacité énergétique de l’économie
Rapport de la consommation d’énergie au produit intérieur brut de l’État en question

Chaque géant de l’énergie tel qu’ENGIE ou EDF possède en général sa propre filiale de trading, il existe toutefois des sociétés de trading totalement indépendantes aux activités purement financières.

Un point commun persiste : le passionnant mais rude métier de trader en énergie.

Le marché spot, au comptant

Par “marché spot” on entend marché boursier réel. Les traders y négocient par exemple des quantités de pétrole existant déjà physiquement afin de répondre aux demandes immédiates.

Ainsi sur ce type de marché, l’objectif est de maximiser les bénéfices par deux méthodes :

 – revendre au plus offrant ;
– acheter des stocks à bas prix afin de réaliser une marge en revendant rapidement à un prix plus élevé.

Dans cette logique, il est courant qu’un stock brut transporté en direction d’un pays soit racheté pendant le trajet, voire même racheté plusieurs fois. Tout se joue sur le prix de la cargaison et sur l’urgence de se fournir en brut. Le marché au comptant exige ainsi des procédés spécifiques tels que :

La veille pour le lendemain, ou day-ahead, il s’agit principalement d’enchères à l’aveugle réalisées jusqu’à la veille de la livraison, sur la base du calcul des intersections des courbes de l’offre et de la demande du jour suivant.

2Graphique 2 : Prévisions day-ahead de l’offre et de la demande

L’infra-journalier, ou intraday, le traitement des informations et les opérations de marché sont continus et ce jusqu’à 45 minutes avant la livraison physique, avec l’exécution de deux ordres de soutirage du réseau, soit prélèvement, et d’injection au réseau, soit mise en circulation de l’énergie, par exemple pour l’électricité s’ils sont conciliables.

Les marchés à terme

Le temps, personne ne peut lutter contre, il est uniquement possible de l’accepter et de s’y adapter.

Il exerce ainsi une influence majeure sur le prix de revente des produits finis réalisés à partir du brut. Comme nous l’avons vu, les traders ont leurs propres capacités, et l’une d’elles consiste à protéger son employeur ou client d’une hypothétique baisse des cours pétroliers par la signature d’un contrat sur le marché à terme, contenant un engagement sur la quantité de produits finis vendus à une date et un prix fixés.

Équipe de trading de Total :
« Le trading est nécessaire pour assurer la sécurité de nos transactions et réduire le risque »

Point positif : la baisse du cours du pétrole par exemple ne diminuera pas la valeur des produits finis.
Point négatif : la hausse du cours ne permettra pas de réaliser une plus importante marge de profit.

Bourses de l’électricité

Il est intéressant de se focaliser plus en détails sur l’électricité car des mécanismes spécifiques tel que l’utilisation d’algorithmes visant une optimisation des flux d’électricité transitant dans une zone géographique donnée viennent s’ajouter au trading de base. Ces mécanismes sont à l’origine de bourses de l’électricité.

3Graphique 3 : Variation des prix de la bourse d’électricité d’Epex Spot sur le marché intraday

On a ci-dessus un indice de prix sur le marché intraday d’Epex Spot, une bourse des marchés spot de l’électricité européens.

Une bourse de l’électricité est une plateforme de négociation électronique utilisée par tous les types d’acteurs économiques du secteur de l’énergie tel que les producteurs ou les traders pour négocier des volumes d’électricité. Elles sont optionnelles et assurent la création de prix de gros, transparents et publics, et ce dans une logique de marché concurrentiel. Leurs membres exercent forcément une activité en lien avec le marché de l’énergie.

Le fonctionnement de ce type de plateforme est simple : les membres entrent leurs ordres (consignes d’achats et reventes détaillées) de manière anonyme, lesquels sont accumulés et non exécutés, délai après lequel des transactions sont réalisées.

Cette procédure appelée le “fixing” se fonde sur un algorithme de détermination des prix afin d’optimiser les surplus vendeur et acheteur. Plus globalement, les bourses de l’électricité visent à intégrer le maximum de flux éléctricité transitant dans leur périmètre afin d’augmenter la liquidité de leurs marchés et d’obtenir un signal de prix fiable. L’électricité ne se stocke pas, ainsi elle est échangée uniquement sur le marché spot, au comptant, et non sur les marchés à terme. Par signal de prix fiable, on entend ainsi prix d’équilibre fidèle à ce que les demandeurs sont prêts à payer et au prix exigé par les vendeurs.

Ainsi, leurs avantages sont multiples :

 – prix qui reflètent l’état de l’offre et de la demande, pouvant englober plusieurs marchés ;
– réduction des risques de pénurie d’approvisionnement ;
– possibilité d’un mix énergétique européen : nécessité pour cela d’une évolution vers un signal prix plus efficient.

4Graphique 4 : Bourses de l’électricité sur le sol européen

European Power Exchange (Epex Spot) et Nord Pool Spot pèsent beaucoup sur le marché européen. Epex Spot est positionnée sur les marchés de l’électricité français, allemand, autrichien et suisse, des pays qui représentent près de 40% de la consommation de l’Union européenne.

Un petit aperçu de ce que cela signifie pour cette bourse de l’électricité : en 2012, Epex Spot a enregistré

339 térawatts-heure (TWh) d’électricité sur l’ensemble des quatre marchés en un an. A titre de comparaison, la consommation annuelle d’électricité en France est d’environ 480 TWh. Nord Pool Spot quant à elle est une bourse qui englobe les marchés des pays nordiques, l’Estonie et la Grande-Bretagne. Ici encore on retrouve des chiffres impressionnants : 432 TWh négociés en 2012.

Le trading en énergie s’applique ainsi à toutes les formes d’énergie et repose sur la prévision des fluctuations des prix afin de minimiser les risques de pénuries. Tout géant de l’énergie est pour cela doté de sa propre équipe de trading, laquelle agit à la fois sur le marché au comptant et sur les marchés à terme. Au cœur des enjeux énergétiques on retrouve de cette manière le trading, soit l’action de l’Homme. Mais assisterons-nous un jour au remplacement de l’action humaine par une intelligence artificielle dans le but de palier d’éventuelles erreurs humaines et d’intensifier les processus de négociations ?

C’est un tout autre débat qui nous permet de nous interroger sur l’avenir du trading au cœur des enjeux énergétiques.

Sofia KUZMAN
91e session Jeunes de l’IHEDN – Nîmes 2015
Membre du Comité Énergies de l’ANAJ-IHEDN

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http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Consumption_of_energy/fr
http://www.edftrading.com/commodities/flexibility-optimisation
http://www.lesechos.fr/03/02/2014/LesEchos/21618-121-ECH_les-grands-energeticiens-francais-tres-presents-dans-le-trading.htm
http://www.planete-energies.com/fr/medias/decryptages/les-marches-internationaux-du-petrole-et-du-gaz
http://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/bourse-de-l-electricite-marche-europeen

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