TERRES RARES : DES ENJEUX DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE AUX ENJEUX GÉOPOLITIQUES ?

TERRES RARES : DES ENJEUX DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE AUX ENJEUX GÉOPOLITIQUES ?

Dans son dernier ouvrage La guerre des métaux rares : la face cachée de la transition énergétique et numérique, le journaliste Guillaume Pitron nous expose le nouvel eldorado de ces matières rares, et la remise en cause de la durabilité ainsi que de la résilience de la transition décarbonée espérée. Cette enquête de six ans, à travers de nombreux pays, illustre qu’en essayant de se soustraire à notre addiction au pétrole, l’Occident se piège dans une dépendance encore plus grande.

Mais que sont les terres rares ? Il s’agit d’un sous-ensemble de 17 éléments chimiques aux noms peu communs parmi plus de trente métaux rares[1], dont le point commun est d’être associés aux métaux les plus abondants de la croûte terrestre. Les terres rares (en anglais « Rare Earth Elements » ou REE) sont qualifiées de « rares » pour trois raisons : leur difficulté d’extraction (grande abondance mais concentration infime), leur faible production (qui tend à exploser à l’avenir), et leurs propriétés physico-chimiques.

Sur la base de ce livre, nous analyserons la façon dont les métaux rares ont acquis leur rôle de moteurs de la transition énergétique et d’accélérateurs du développement technologique. Nous tenterons également d’illustrer comment la domination de la Chine sur la production de ces ressources représente à la fois une opportunité pour les ambitions stratégiques du pays, et dans le même temps, un risque pour les États non producteurs de l’OCDE. Enfin, nous discuterons des alternatives envisagées par l’Europe pour sortir de cette situation de dépendance.

 

Auteurs : Louis-Marie ZELLER, responsable du comité énergies et environnement des Jeunes IHEDN, et Wassim ALIDRA, membre du comité Asie des Jeunes de l’IHEDN

Relecture par le pôle publications de l’association

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Ce texte n’engage que la responsabilité des auteurs. Les idées ou opinions émises ne peuvent en aucun cas être considérées comme l’expression d’une position officielle. 

La photo de couverture est tirée de Freeimages.com. Son auteur est Dave Dyet.

 

 

1) Le visage inconnu des technologies vertes et numériques

L’utilité majeure de ces métaux rares réside dans leur capacité à apporter une nouvelle source d’énergie en s’incrémentant aux deux sources d’énergie primaire historiques, qui furent la réussite des premières révolutions industrielles : le charbon puis le pétrole. L’un des principaux enjeux industriels de notre siècle est de réduire drastiquement nos émissions anthropiques de CO2. Cet objectif tend à se réaliser en trouvant un moyen différent de produire de l’électricité, énergie secondaire. Les métaux rares possèdent également des propriétés magnétiques uniques et constituent donc une partie de la production des technologies vertes : éoliennes, panneaux solaires, véhicules électriques mais aussi de toute l’électronique moderne (par exemple : traitement, stockage, transmission de l’information). En résumé, les REE sont ultra performantes car efficaces en faibles proportions et ouvrant la voie à l’optimisation de nos machines ainsi qu’à la réalisation de grandes économies d’énergie. Et c’est justement vers quoi veut tendre notre vieux continent.

 

a. Vers une nouvelle dépendance énergétique

D’ici 2030, l’Europe vise trois objectifs : diminuer ses émissions de gaz à effet de serres à hauteur de 40%, augmenter la part d’énergies renouvelables dans sa consommation de 27 %, et améliorer l’efficacité énergétique d’au moins autant[2]. La production des métaux rares, quant à elle, s’accélère : vers 2035, le marché du palladium (catalyseurs) pourrait être multiplié par cinq, celui du scandium par neuf et celui du cobalt (batteries, aimants) par vingt-quatre[3]. Des quantités pharaoniques de minerais devront être extraites, selon un rapport de la Banque mondiale[4]. L’étude explique le rôle majeur que jouera le secteur de cette économie « verte » sensée participer au maintien du réchauffement planétaire, grâce au développement de trois technologies : l’éolien, le solaire et le stockage d’énergie par batteries.

Cette dernière pourrait être profondément marquée par l’accroissement des accumulateurs électriques ; la demande de métaux (aluminium, cobalt, fer, plomb, lithium, manganèse et nickel) nécessaires pourrait en être multipliée par plus de dix. Par ailleurs, dotées de propriétés magnétiques particulières, les terres rares permettent la fabrication de super-aimants tout en minimisant leur taille. C’est ainsi que les moteurs électriques sont bien plus performants qu’auparavant, révolutionnant le domaine et ses applications. Le néodyme, par exemple, présent dans ces aimants, est extrêmement utilisé pour les voitures hybrides et électriques ou encore pour une partie des éoliennes et turbines hydroélectriques. À travers ces exemples, il est intéressant de constater que cette mutation énergétique passe également par une révolution technologique.

 

b. Le nouveau paradigme d’une domination numérique

Dans le même temps, une large gamme de ces métaux est exploitée dans les technologies de l’information et de la communication (TIC), avec un usage souvent dispersif (en quantités infimes, notamment dans le secteur des nanotechnologies) mais avec une croissance exponentielle de la demande. Les propriétés semi-conductrices des REE ont, pour ainsi dire, révolutionné l’informatique et l’électronique. C’est le cas par exemple du germanium (applications dans la fibre optique), l’indium (essentiel pour les écrans tactiles car transparent et conductible), ou encore du tantale (pour les condensateurs miniaturisés, composants de base dans les montages électroniques)[5].

Ce monde digital pèse lourd pour l’environnement. Pour ne donner que quelques chiffres, 19% de la part de consommation des métaux rares est destinée aux seuls ordinateurs et smartphones. De plus, le poids énergétique du fonctionnement des réseaux informatiques est considérable. En 2018, tous les jours, 281 milliards d’emails sont transmis à travers le monde[6]. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) estime que par exemple, « l’envoi de 33 courriels d’1 Mo à 2 destinataires par jour et par personne génère annuellement des émissions équivalentes à 180 kg de CO2, ce qui équivaut à plus de 1000 km parcourus en voiture[7]».

Pour donner un autre exemple, les centres de données nécessitent une quantité d’électricité gigantesque. D’après Réseau de transport et d’électricité (RTÉ), en 2015, la consommation d’électricité de ces zones de stockage de données en France était de l’ordre de trois TWh, l’équivalent d’une consommation d’électricité supérieure à celle de Lyon[8]. Ainsi, la dématérialisation et l’apparente libération qu’offrirait la transition numérique reposent en grande partie sur des technologies énergivores et dont les métaux rares constituent le pilier essentiel, ressources dont la Chine possède le monopole d’extraction et de production à près de 80 %[9].

 

c. Le choix occidental d’une délocalisation de sa pollution

Par ces matériaux, les intérêts du monde numérique convergent avec ceux du monde énergétique, nous laissant penser que nous allons révolutionner notre impact écologique. Néanmoins, est-ce réellement le cas ? L’extraction minière, par ses méthodes actuelles, est dévastatrice pour l’environnement. La Chine n’est d’ailleurs pas un bon élève dans cette industrie. La filière des REE, plus particulièrement dans la ville de Baotou en Mongolie intérieure, a engendré de grands fléaux : pollution de l’air (émission de gaz à effet de serre et particules fines) due aux quantités gigantesques de minerais extraits puis enrichis pour récolter une once de ces précieux matériaux ; pollution des sols et des eaux par des procédés chimiques très agressifs; déchets radioactifs (thorium) présents par la séparation de métaux rares de leur minerai; conséquences immédiates ou à long terme  sur la santé des habitants. Dalahai, un village à proximité de Baotou est désormais surnommé « le village du cancer » à cause des rejets hautement toxiques dans les nappes phréatiques.

Dans le même temps, les pays occidentaux ont parfois fait le choix délibéré de délocaliser leur pollution dans d’autres pays comme par exemple l’expédition de déchets électroniques dans des décharges toxiques ghanéennes[10] ou la fabrication polluante en Chine d’une grande partie des produits manufacturés et commercialisés dans le monde. Le cas de l’automobile est étonnant : selon des chercheurs de l’Université de Californie à Los Angeles, la fabrication d’un véhicule électrique requiert beaucoup plus d’énergie que l’usinage d’une voiture classique, notamment en raison des batteries[11].

Ainsi, la transition énergétique et numérique est réservée aux populations les plus aisées : les pays riches deviennent dépollués, mais alourdissent les zones périphériques ou éloignées des regards. Le monde plus vert tant espéré semble bien loin désormais, car il est tributaire de « métaux sales ». Compte tenu d’une politique environnementale longtemps laxiste et d’un manque de transparence de la part de la Chine, comment expliquer le rôle prépondérant de celle-ci sur le marché des métaux rares ?

 

2) Les métaux rares au cœur des rêves de puissance de la Chine

Nous venons de décrire de quelle façon nous assistons à une ruée vers ces ressources précieuses, à mesure que la pression technologique et les enjeux de la transition écologique se font de plus en plus prégnants. Un acteur majeur demeure au cœur de cette course aux ressources : la Chine. Nous allons nous intéresser au rôle unique que le pays a acquis sur le marché des métaux rares et comment cette présence sert ses intérêts domestiques et sa politique étrangère.

 

a. La naissance du monopole chinois

Contrairement à ce que leur dénomination suggère, les terres rares sont loin d’être un objet rare en termes de quantités brutes ; le problème de ces terres rares consiste plutôt en la dissémination relativement inégale dans le monde des réserves prouvées. En particulier, la Chine possède près de 37 % (44 millions de tonnes) des réserves prouvées[12], loin devant le Brésil et le Vietnam (22 millions de tonnes chacun) ou encore de la Russie (18 millions de tonnes) venant compléter le podium. Les États-Unis sont loin derrière avec seulement 1,4 millions de tonnes de réserves prouvées. Cependant, ces chiffres ne nous disent que peu de choses sur la production, sur les besoins et donc sur l’importance géoéconomique des zones où les gisements sont les plus présents. C’est justement en s’intéressant à ces données, fournies par le rapport du US Geological Survey de 2018 sur les terres rares, que l’importance de la Chine sur ce marché saute aux yeux. Comment expliquer que la production chinoise de terres rares représente près de 80% de la production mondiale[13] ? Comment expliquer que la Russie, dont l’économie est en grande partie basée sur l’extraction des ressources de son riche territoire, ne produise que 2,3 % de la production mondiale ? Alors que la demande, et mécaniquement la production, s’accroissent rapidement depuis plusieurs années, passant de 75 000 tonnes en 2000 à 123 100 en 2016[14], cette interrogation est légitime.

On peut expliquer ce monopole chinois sur la production de terres rares par la rencontre entre contrainte géologique et stratégie géoéconomique. Comme l’indique la US Geological Survey, même si les terres rares sont abondantes, elles sont bien moins concentrées que les autres minéraux[15]. Leur extraction est donc plus coûteuse en moyenne que des minerais comme le fer. Or, la Chine dispose d’avantages importants sur les autres États possédant de telles ressources, et c’est la combinaison de ces différents facteurs qui amène à présent au quasi-monopole de Pékin sur ce marché. Tout d’abord, un système économique où les entreprises d’États appliquent les directives du parti communiste chinois, y compris lorsque cela n’est pas rentable. Ensuite, de 1978 à 2007, le développement d’une stratégie compétitivité-prix par la Chine pour s’imposer dans le commerce international, notamment permise par le retard économique du pays et les économies d’échelle permises par son énorme population[16]. Et enfin, très tôt, l’identification par les dirigeants politiques du pays de l’importance de cette ressource. Deng Xiaoping, l’artisan de la modernisation du pays, dira notamment « le Moyen-Orient a du pétrole, la Chine a des terres rares[17] ». S’en suivront en 1986 puis 1997, deux plans accélérant les recherches et l’exploitation des terres rares par le pays. En 1992, la Chine s’impose comme le plus gros producteur mondial [18]; dans le même temps, la production américaine s’effondre du fait d’un manque de rentabilité et de compétitivité domestique par rapport à ce nouvel acteur.

Même si la situation évolue, la part de marché de la Chine étant passée de presque 100 % entre 2003 et 2011[19] à 80 % en 2017, l’année 2014 a tout de même vu le dernier producteur américain faire faillite[20]. L’importance des terres rares pour le secteur technologique, et la crainte que provoque ce monopole, se sont déjà fait ressentir entre 2009 et 2014, lorsque le prix de certains minerais, comme l’europium, voit son prix multiplié par dix[21]. Cette situation ne devrait d’ailleurs qu’empirer dans le futur.

 

b. De la mise en place d’une stratégie chinoise de domination des TIC

En effet, la tension sur le marché des terres rares ne devrait que s’accroître, non seulement parce que le développement d’outils technologiques requérant de tels minerais s’accélère, mais également parce que la Chine est dans une phase de transition économique. Nous avons vu que cette dernière avait suivi une stratégie compétitivité-prix de 1978 à 2007, afin de s’inscrire dans l’économie internationale et de rattraper le retard accumulé sous l’ère Mao. Or, depuis 2007, l’universitaire Laetitia Guilhot explique que la Chine tente de suivre un nouveau modèle de croissance, visant à un rééquilibrage économique s’appuyant sur la montée en valeur technologique du pays et le développement du marché national[22]. Dans ce cadre-là, la Chine renforce son contrôle sur la production de terres rares et se constitue des stocks stratégiques considérables au regard de la production mondiale annuelle : près de 20 000 tonnes. Dans le même temps, le pays lutte contre l’extraction illégale de cette ressource sur son territoire[23]. Cette hausse de la demande doit être analysée au regard de l’utilisation des terres rares. Ainsi, par exemple le développement des véhicules hybrides et électriques devrait, dans les dix prochaines années, provoquer une forte hausse de la demande globale d’aimant au néodyme[24]. De même, certaines éoliennes sont fortement consommatrices de ces minerais (près d’une tonne pour une éolienne de 7MW) et la Chine, à la recherche d’énergies alternatives pour réduire sa pollution atmosphérique, mise énormément sur cette technologie et sur le développement de l’électrique[25].

Ajoutons également qu’au-delà des considérations environnementales, le basculement de l’économie chinoise vers la technologie amène à des enjeux d’approvisionnement similaires. Présentée lors du 18ème Congrès du parti communiste, et formalisée en 2016, la stratégie nationale d’innovation vise à faire de la Chine la plus grande puissance technologique et innovante d’ici à 2050[26]. En 2017, un plan encore plus ambitieux est révélé par le ministère de l’industrie et des technologies de l’information, et vise cette fois à faire de la Chine le leader mondial de l’intelligence artificielle (IA) en 2030. Elle ambitionne également de faire de l’IA le « principal moteur de la montée en valeur industrielle chinoise et de la transformation économique », ainsi qu’un garant de la « sécurité nationale »[27]. Ce plan vient, par ailleurs, compléter le projet « Made in China 2025 », dont l’objectif est de développer une industrie nationale des semi-conducteurs pour répondre à la demande domestique[28]. Toutes ces technologies, et donc les ambitions chinoises dans ces domaines, reposent ici encore sur l’utilisation de terres rares. Par exemple, entre 2016 et 2019, la Chine est le pays qui a connu la plus forte croissance de la demande en robots industriels, gourmands en métaux rares. De même, alors que l’amélioration de la vitesse de communication est prioritaire dans le pays[29], l’erbium (Er) et le ytterbium (Yb) jouent un rôle d’amplificateur très important pour les fibres optiques[30]. La Chine tire encore une fois la majorité de la demande de ces éléments, mais en dépit de sa situation quasi-monopolistique, même Pékin devrait avoir des difficultés d’approvisionnement dans les années à venir : d’ici à 2025, la demande chinoise pour les oxydes de néodyme devrait ainsi dépasser le reste de la demande mondiale[31]. Il est donc également très probable que les prix de ces ressources continuent de s’apprécier renforçant d’autant plus le phénomène de compétition pour l’accès aux ressources.

 

c. Des investissements à l’étranger pour servir les ambitions économiques du pays

Ce monopole présente des risques majeurs pour la sécurité nationale des États non producteurs. À la fois, parce qu’ils entrent dans la composition d’engins militaires avancés (y compris dans l’aéronautique[32]), mais également parce qu’elles peuvent être utilisées comme des armes économiques. Or, dans un contexte où les relations internationales se rééquilibrent après le moment américain, et où nous pourrions nous diriger vers un monde apolaire[33], la sécurité des approvisionnements est une nécessité absolue. L’importance des terres rares est telle qu’elles sont nommées « vitamines du monde moderne »[34].

Dans ces conditions, les investissements énergétiques chinois effectués via le projet des Nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative, BRI ou OBOR), semblent montrer la consistance de la stratégie chinoise de maintien de sa domination sur la production de ces minerais[35]. Ils suscitent surtout des inquiétudes auprès dans les pays occidentaux. Amorcé en 2013 par Xi Jinping, le projet BRI vise officiellement à créer des infrastructures de transports (aéroports, autoroutes, ports…) le long de plusieurs corridors[36]. L’idée principale avancée par la Chine est de favoriser les interconnexions commerciales entre différents États[37], tout en permettant au pays de diversifier les moyens de transport de ses marchandises[38]. Dans les faits cependant, les investissements énergétiques restent le poste de dépense principal dans ce projet, devant les dépenses en infrastructures mais également loin devant ceux dans les terres rares[39]. Pourquoi alors le projet BRI est-il important dans le cadre de la concurrence pour le contrôle des terres rares ? Tout d’abord car le cadre général des investissements peut servir d’accélérateur pour les ambitions d’exploitations des terres rares à l’étranger. En effet, la création de relations entre la Chine et les pays récipiendaires de ces investissements peut favoriser la mise en place de partenariats pour l’exploitation de ces ressources, en particulier dans les pays fermés aux IDE occidentaux. En ce sens, le cas de l’Afrique est intéressant puisque le continent voit actuellement se lancer plusieurs projets d’exploration et d’exploitation des terres rares[40], et la Chine y développe rapidement son influence. Ensuite, il est important car à l’image de la prise de contrôle du port sri-lankais de Hambantota par la Chine, des mises en garde ont été soulevées par certains politiciens et chercheurs quant à la possibilité de voir des pays financièrement faibles tomber dans le piège de la dette, et rembourser la Chine grâce à leurs ressources naturelles [41]. Une étude du Center for Global Development a ainsi mis en évidence que huit pays, parmi les soixante-huit états candidats à la réception d’investissements chinois, étaient fortement susceptibles de ne pas pouvoir rembourser leurs dettes[42]. Le projet BRI démontre en tout cas la capacité du pays à investir massivement et à occuper le vide laissé par l’Occident dans certaines régions du monde.

Notons tout de même que d’après une étude de S&P Global Market Intelligence, en janvier 2018, sur l’ensemble des extractions les sociétés minières chinoises sont loin de dominer sans partage le marché mondial[43]. Elles sont en effet talonnées par les sociétés minières européennes, australiennes ou encore canadiennes. Les capacités d’exploitation existent donc bien en Europe.

 

3) Une solution européenne sur l’échiquier mondial ?

Nous avons constaté que la Chine développe une stratégie incisive et de long terme dans les zones abritant des ressources stratégiques. Bien que l’Europe dispose d’armes, notamment avec ses industries minières, nous allons analyser les raisons de son retard dans l’acquisition de ces ressources cruciales pourtant indispensables à sa prospérité présente et future. Ainsi, nous pouvons nous poser la question des alternatives possibles face à Pékin, alternatives que nous allons illustrer en étudiant la situation japonaise.

 

a. Le retard européen dans l’industrie de la transition énergétique et numérique face aux poids lourds mondiaux

La stratégie chinoise de remontée de la chaîne aval des métaux rares s’est faite aux dépens du dynamisme industriel européen et états-unien. Elle révèle d’une certaine vulnérabilité du modèle économique occidental. La connexion stratégique entre les filières amont et aval n’est plus évidente à cerner après la délocalisation des industries vers l’Asie. Selon une logique de plus-value des industries aval, un transfert de richesse du reste du monde vers l’Empire du milieu s’est opéré non seulement sur ces matières premières mais également sur l’usinage des composants, des pièces détachées voire même des produits finis complexes. Les conséquences sur les emplois à l’Ouest se sont lourdement ressenties. En effet, alors que l’Europe peine à rassembler ses entreprises guidées par leurs propres enjeux privés, le gouvernement chinois décline ses objectifs industriels de longs termes grâce des plans quinquennaux, qui s’imposent à toute entreprise majeure.

Dans le domaine des technologies vertes, la Chine demeure leader pour l’industrie des énergies renouvelables (EnR) : pour la fabrication d’équipements photovoltaïques, pour l’investissement dans l’éolien[44], et pour la production et l’utilisation de voitures électriques[45]. A l’échelle planétaire, 333,5 milliards de dollars ont été injectés dans les EnR en 2017 selon l’agence Bloomberg. L’Empire du milieu, à lui seul, a investi 133 milliards de dollars[46]. Heureusement, le secteur éolien européen peut compter sur des entreprises allemandes (Siemens-Gamesa, Enercon, Nordex pour ne citer qu’eux) et danoises (Vestas). Ces industries possèdent une part du marché mondial non négligeable et donc des capacités d’investissements potentiellement importantes.

Dans le second domaine abordé, l’un des acteurs principaux du numérique est également sans surprise la Chine. La croissance du secteur TIC reste forte grâce à son marché intérieur colossal servant de moteur économique. Depuis 2010, elle est le principal importateur et exportateur mondial de produits du secteur, d’après les statistiques de la CNUCED[47]. De plus, ce pays a réussi à élever au rang de leaders mondiaux des TIC plusieurs de ses entreprises : Lenovo (ordinateurs), ZTE (équipements télécoms), Suntech (énergie solaire), ou le plus célèbre Huawei (équipements télécoms) qui occupe désormais le deuxième rang mondial derrière Samsung. Par ailleurs, dans le secteur du web, les Européens peinent à sortir leur épingle du jeu. En effet, ce marché est monopolisé par les majors américains du numérique GAFAM[48], avec des concurrents directs bel et bien chinois : les BATX[49]. Ces géants tendent de plus en plus à concurrencer leurs homologues américains voire même à les surpasser dans certains secteurs spécifiques à l’image de Huawei sur la 5G.

Ainsi, le retard européen dans ces secteurs technologiques fort demandeurs en terres rares pourrait s’accentuer voire même devenir permanent. Le cas japonais doit rappeler à l’Europe l’urgence de la situation.

 

b. Les terres rares comme armes économiques contre les ennemis de Pékin

L’utilisation des terres rares comme armes économiques a déjà un précédent. En 2010, à la suite d’un accrochage entre deux navires chinois et japonais en Mer de Chine, une zone où les deux pays connaissent des contentieux territoriaux, la Chine a ordonné la mise en place de quota de vente de terres rares au Japon[50]. La conséquence immédiate a été des difficultés d’approvisionnement pour de nombreuses entreprises japonaises, en particulier Toyota, dont la gamme de véhicules hybrides nécessite des besoins toujours croissants en terres rares. Bien que l’interdiction ait été levée par la Chine la même année, et que Tokyo ait bénéficié d’une victoire diplomatique avec la condamnation des actions chinoises par l’OMC en 2015[51], la décision de la Chine a marqué les esprits. Depuis, le gouvernement japonais a mis en place des mesures visant à trouver des alternatives aux terres rares chinoises. Tout d’abord, en sécurisant les approvisionnements du pays : il a ainsi accru les fonds alloués à la Banque japonaise pour la coopération internationale et à la Japan Oil, Gas and Metal National Corporation (JOGMEC), qui doivent permettre aux sociétés privées de sécuriser des ressources naturelles stratégiques pour l’économie japonaise. Cela a permis au pays de faire passer la part des terres rares importées depuis la Chine de 90% à moins de 50% entre 2010 et 2015[52]. Ensuite, le Japon a mis en place tout un ensemble de subventions qui, doublées des investissements du secteur privé, ont amené à la mise en place de technologies ne nécessitant pas de terres rares (à l’image du nouveau moteur développé par Mazda)[53]. Enfin, une stratégie de recyclage, portée par le National Institute for Materials Science et le secteur privé, permet de redonner une seconde vie à ces matières.

Le Japon illustre la menace que fait peser le monopole chinois sur ces ressources. Si Tokyo a finalement pu réduire sa dépendance et a annoncé récemment avoir découvert des gisements très importants au large de ses côtes[54], une conclusion aussi rassurante ne doit pas faire baisser la garde des décideurs européens. L’Union européenne s’est justement lancée dans un projet de recyclage similaire à celui observé au Japon. Le projet « REE4EU », lancé en 2015, vise à rendre les pays membres autonomes sur un certains nombres de minerais critiques, utilisés notamment dans les éoliennes[55]. Parallèlement, entre 2013 et 2017, la Commission européenne a lancé une vaste étude visant à détailler la chaîne d’approvisionnement des terres rares en Europe, en identifiant les gisements dans la région et les modalités d’extraction[56]. Toujours est-il qu’aucune mine n’exploitant ces gisements n’existe pour le moment en Europe, les problématiques de rentabilité et de technologies d’extraction ayant éloigné les industriels de l’exploitation de ces ressources dans la région[57].

 

c. Les alternatives et opportunités possibles pour l’Europe. La résurgence d’une industrie européenne souveraine ?

L’Europe a plusieurs choix face à la stratégie chinoise : développer une industrie des terres rares souveraine, intensifier la recherche sur les substituts des REE, ou bien développer une filière du recyclage viable à grande échelle.

Des firmes minières européennes existent sur le marché mondial ; le bouclier baltique possède d’importantes réserves en fer, en minerais et métaux rares considérés comme stratégiques par la Commission européenne. Ces pays scandinaves sont donc pionniers : le sous-sol suédois regorge de métaux et attire les industriels[58]. Kiruna est par exemple, la plus grande mine de fer souterraine du monde (92 % de la production de fer de l’UE)[59]. De plus, l’industrie minière finlandaise jouit d’importants investissements pour l’ouverture et l’extension de mines.  Enfin, le Groenland possèderait le second gisement de terres rares le plus gros de la planète (réserves encore débattues à ce stade)[60]. Cependant, même dans ce cas-là, l’Europe peut rencontrer des difficultés. Non seulement le Groenland a accru son autonomie vis à vis du Danemark, mais surtout il existe de véritables inquiétudes sur la participation de sociétés minières chinoises dans l’exploitation de cette mine de Kvanefjeld : l’industriel chinois Shenghe s’est déjà associé au projet d’exploitation en acquérant 12,5 % des parts[61].

Reprendre une activité minière en Europe pourrait être envisageable, pour mettre fin contrôle quasi-monopolistique de Pékin sur le marché de ces précieux matériaux. Mais les États devront se heurter à la perception négative de l’activité minière par les populations européennes. En effet, le syndrome «NYMBY »[62], pousse les Occidentaux à refuser le retour d’industries polluantes. Ces mouvements de protestations amènent la France à reprendre une activité d’exploration dans les territoires d’outre-mer. Son vaste espace maritime, accorde à la France un potentiel de ressources minérales très varié. Par exemple, la Polynésie française possède des encroûtements cobaltifères connus parmi les plus riches dans les océans[63] et les différents gouvernements successifs accordent une attention particulière à Wallis-et-Futuna. Depuis plusieurs années, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) et le groupe minier ERAMET (Entreprise minière et métallurgique française) convoitent un immense cratère sous-marin, de 20 km de diamètre appelé la « grande marmite » qui regorge de terres rares. En Guyane, le projet « Montagne d’or » éveille aussi les passions d’extraction de ce métal[64]. La Nouvelle-Calédonie revient également souvent à l’esprit car elle détient environ 10% des réserves mondiales de nickel[65].

Concernant la filière du recyclage, le chimiste Solvay (groupe belge leader mondial de la chimie et leader européen de séparation métallurgique) s’était lancé en 2012 dans le recyclage à grande échelle de terres rares. En 2016, il renonce à ce projet, faute de rentabilité[66], ce qui illustre le fait que le développement d’une filière de recyclage ne pourra émerger qu’en présence d’une volonté politique forte de la part des pays européens. Néanmoins, il est possible d’en douter. En effet, les métaux rares sont peu présents à l’état pur dans les composants. Ils y sont sous forme d’alliages en petite quantité dont il est long et coûteux écologiquement et énergétiquement d’extraire les éléments constitutifs. Pour l’instant, le coût apparaît rédhibitoire et le taux de recyclage des métaux rares varie entre 0 et 3 %. A titre d’exemple, le groupe japonais Hitachi considère que le recyclage de 10% des terres rares présents dans ses technologies constituerait déjà un exploit[67].

 

Conclusion

Nous avons pu mettre en avant le caractère extrêmement polluant de l’extraction minière des métaux et terres rares, de la délocalisation de la pollution assumée par les occidentaux ainsi que le manque de transparence de la Chine sur ses réglementations environnementales. À ce titre, il est compliqué de mesurer raisonnablement le coût écologique de l’ensemble des technologies vertes et, dès lors, les progrès réalisés dans la lutte contre le réchauffement climatique et la dégradation de la biosphère. L’utilisation de technologies comportant des métaux rares, amène au dilemme de productivité ou de sobriété (à cause de la pollution).

À ce dilemme, la Chine a pendant des décennies fait le choix de la productivité et, couplée avec une vision stratégique de long terme, a très tôt parié sur l’exploitation des terres rares. Concentrant sur son territoire d’énormes gisements et disposant d’une main d’œuvre peu chère, la Chine de l’ère Deng a su imposer un monopole durable sur l’exploitation de ces minerais. Longtemps, la mise à disposition à bas coûts de ces ressources, et la lutte plus immédiate pour le contrôle des ressources hydrocarbures, a permis le maintien d’une telle situation. Toutefois, la hausse de la demande, l’incorporation de ces minerais dans des technologies avancées et l’utilisation de ces ressources comme armes économiques orientent, tardivement, les États vers une reconfiguration de leurs chaînes d’approvisionnement.

Stratégiquement parlant, l’Occident s’est laissé surprendre. En France par exemple, le BRGM, qui était un acteur prédominant, a graduellement perdu en rayonnement, stoppant les prospections minières dans les années 2000. Aux États-Unis, par manque de rentabilité, les carrières exploitant les terres rares du pays se sont peu à peu tues au profit des cargos transportant les précieuses ressources depuis la Chine. En trois décennies, Guillaume Pitron fait état d’un renversement stratégique complet, et dont les causes sont la politique court-termiste du marché et le dumping accompli avec patience par la Chine.

Cependant, la menace que fait peser le monopole de la Chine sur les économies industrialisées de plus en plus dépendantes des terres rares offrent des perspectives intéressantes. L’exemple du Japon qui a découvert un gisement décrit comme presque « illimité » est un exemple frappant de la fiabilité toute relative de cet instrument de guerre économique. De la même manière, l’Europe dispose de ressources, des capacités d’extraction minière, de moyens de substitution technologique, et d’un capital humain à même de répondre à cet enjeu. Cependant, nous pouvons nous interroger sur l’incapacité de l’Europe à anticiper plus tôt cette relation asymétrique pour l’accès aux terres rares. Nous pouvons également nous poser la question de la volonté politique de se heurter sur un premier front à une opinion publique inquiète des conséquences environnementales à court-moyen terme du lancement d’une production minière d’ampleur en Europe, et sur un autre front à répondre au défi de long terme de l’ogre chinois.

 

 

 

[1]Données extraites du rapport Study on the review of the list of Critical Raw Materials, Commission européenne, 11 septembre 2017, https://ec.europa.eu/transparency/regdoc/rep/1/2017/FR/COM-2017-490-F1-FR-MAIN-PART-1.PDF, consulté le 29/09/2019

[2] Commission Européenne, Cadre de la Commission Européenne pour le climat et l’énergie à l’horizon 2030, https://ec.europa.eu/clima/policies/strategies/2030_fr, consulté le 29/019/2019

[3] Frank Marscheider-Weidemann, Sabine Langkau, Torsten Hummen, Lorenz Erdmann, Luis Tercero Espinoza (coll.), Raw Materials for Emerging Technologies, German Mineral Resources Agency (DERA), mars 2016

[4] Arrobas, Daniele La Porta, Hund, Kirsten Lori (coll.) The Growing Role of Minerals and Metals for a Low-Carbon Future, World Bank Group, juin 2017

Muryel Jacque, « Métaux : les besoins colossaux de la transition énergétique », Les Echos, 20 juillet 2017

[5] Sources citées par Guillaume Pitron : Sénat, British Geological Survey, École de guerre économique, Congressional Research Service, Portail de l’IE.

[6] Radicati Group, Email Statistics Report, 2018-2022, mars 2018

[7] ADEME, Internet, courriels : réduire les impacts, février 2014

[8] OIE (Observatoire de l’Industrie Electrique), Le cloud, les datas centers et l’énergie , janvier 2017, http://observatoire-electricite.fr/IMG/pdf/pedago_data.pdf

[9] Valentina Ruiz Leotaud, Rare earths: Battling China’s monopoly after Molycorp’s demise ?, www.mining.com/rare-earths-battling-chinas-monopoly-after-molycorps-debacle du 10/09/2016, consulté le 29/09/2019

[10] Eric Albert,  « Les déchets électroniques intoxiquent le Ghana », Le Monde, 27 décembre 2013

[11] Kimberly Aguirre, Luke Eisenhardt, Christian Lim et al., Lifecycle analysis comparison of a battery electric vehicle and a conventional gasoline vehicle, UCLA press, juin 2012

[12] US Geological Survey, Mineral Commodities Summary 2018, https://minerals.usgs.gov/minerals/pubs/commodity/rare_earths/, consulté le 16/10/2019

[13] Ibid

[14] Roskill, Rare earths: Global industry, markets and outlook to 2026, London, UK: Roskill., 2016

[15] Ibid

[16] Laëtitia Guilhot, « Le nouveau modèle de croissance de l’économie chinoise, un moyen pour relever le défi de la trappe à revenu intermédiaire ? » XXXIèmes journées ATM « Le bilan des Objectifs du Millénaire pour le développement 15 ans après : réduction de la pauvreté et/ou montée des inégalités ? », juin 2015, Rouen, France

[17] Ludovic Jeanne. « Comment la Chine a pris le contrôle du marché des terres rares », The Conversation, 22 janvier 2017, http://theconversation.com/comment-la-chine-a-pris-le-controle-du-marche-des-terres-rares-69967, consulté le 16/10/2109

[18] Ibid

[19] Ibid

[20] Op.cit. Valentina Ruiz Leotaud, http://www.mining.com/rare-earths-battling-chinas-monopoly-after-molycorps-debacle/

[21] Frik Els, « Canada wants 20% of global rare earth market by 2018 » du 08/01/2014, http://www.mining.com/canada-wants-20-of-global-rare-earth-market-by-2018-27834/ , consulté 16/10/2019

[22] Op.cit. Laëtitia Guilhot.

[23] Op.cit. Valentina Ruiz Leotaud

[24] Kathryn Goodenough, Frances Wall et David Merrimam (coll.), « The Rare Earth Elements : Demand, Global Resources, and Challenges for Resourcing Future Generations », Natural Resources Research, 01/04/2017, pp. 1-17

[25] IEA, World Energy Outlook 2017: China, IEA press, 14 novembre 2017, https://www.iea.org/weo/china/ , consulté le 16/10/2019

[26] Ministère de l’industrie et des nouvelles technologies de la République Populaire de Chine, « 工业和信息化部关于印发 ‘促进新一代人工智能产业发展三年行动计划(2018-2020年)‘ 的通知 », de décembre 2017, http://www.miit.gov.cn/n1146295/n1652858/n1652930/n3757016/c5960820/content.html, consulté le 16/10/2019

[27] Jeffrey Ding, Deciphering China’s AI Dream, Future of the Humanity Institute, University of Oxford, mars 2018, pp. 1-44

[28] Cate Cadell, Chips down: China aims to boost semiconductors as trade war looms », Reuters, 20/04/2018, https://www.reuters.com/article/us-usa-trade-china-chips/chips-down-china-aims-to-boost-semiconductors-as-trade-war-looms-idUSKBN1HR1DF , consulté le 16/10/2019

[29] Charlie Custer, « China will get 5G in 2020, say the people who delayed China’s 4G launch », Techasia, 26 février 2016, https://www.techinasia.com/china-5g-2020-people-control-china-5g , consulté le 16/10/2019

[30] Op. cit. Wall, 2017

[31] Frik Els, « China to become net importer of some rare earths », Mining.com, 02/01/2017, http://www.mining.com/china-become-net-importer-rare-earths/ , consulté le 16/10/2019

[32] Georges Barakos, Helmut Mischo, The Potentials of Scientific and Industrial Collaborations in the Field of REE through China’s Belt and Road Initiative, juillet 2018, https://www.researchgate.net/figure/The-Belt-and-Road-Initiative-Roadmap-including-REE-sources-found-in-countries-involved_fig1_326271770 , consulté le 16/10/2019

[33] Richard N. Haass, « The Age of Nonpolarity », Foreign Affairs, mai-juin 2008, https://www.foreignaffairs.com/articles/united-states/2008-05-03/age-nonpolarity , consulté le 16/10/2019

[34] Michael Meyer, « Industrial Vitamins », Science History Institute, Printemps 2012, https://www.sciencehistory.org/distillations/magazine/industrial-vitamins , consulté le 16/10/2019

[35] Mayuko YATSU, Revisiting Rare Earths: The Ongoing Efforts to Challenge China’s Monopoly, The Diplomat, 29/08/2017

[36] Xieshu Wang, Joël Ruet, Xavier Richer (coll.), « One Belt One Road and the reconfiguration of China-EU relations », CEPN, mars 2017, pp. 1-18

[37] Tian Jinchen, One Belt and One Road : Connecting China and the world, McKinsey, juillet 2016, https://www.mckinsey.com/industries/capital-projects-and-infrastructure/our-insights/one-belt-and-one-road-connecting-china-and-the-world, consulté le 16/10/2019

[38] Ian Storey, China’s « Malacca Dilemma », China Brief, Vol 6, Issue 8, 12/04/2006, https://jamestown.org/program/chinas-malacca-dilemma/, consulté le 16/10/2019

CSIS, China Power, How much trade transits the South China Sea? , 2018, https://chinapower.csis.org/much-trade-transits-south-china-sea/, consulté le 16/10/2019

[39] Masuma Farooki, « China’s Mineral Sector and the Belt & Road Initiative », Strade (Strategic Dialogue on Sustainable Raw Materials for Europe), n°2, mars 2018, pp. 1-11

[40] Robin Harmer, Paul A. M. Nex, « Rare Earth Deposits of Africa », Episodes 39(2):381, June 2016

[41] Xiaochen Su, « Why Chinese Infrastructure Loans in Africa Represent a Brand-New Type of Neocolonialism », The Diplomat, 9 juin 2017, https://thediplomat.com/2017/06/why-chinese-infrastructural-loans-in-africa-represent-a-brand-new-type-of-neocolonialism/, consulté le 16/10/2019

[42] John Hurley, Scott Morris,  Gailyn Portelance, « Examining the Debt Implications of the Belt and Road Initiative from a Policy Perspective », CGD Policy Paper 121, mars 2018

[43] Op.cit. Farooki

[44]French.china.org, Chine : transition vers une énergie propre , 16 novembre 2017, http://french.china.org.cn/business/txt/2017-11/16/content_50061977.htm , consulté le 16/10/2019

[45] McKinsey, « China’s electric-vehicle market plugs in », McKinsey Quarterly, juillet 2017

[46] Pierre Thouverez, « La Chine championne du monde des investissements dans les énergies renouvelables en 2017 », Techniques de l’ingénieur, 26 janvier 2018, https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/chine-monde-des-investissement-energies-renouvelables-2017-51256/, consulté le 16/10/2019

[47] Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, communiqué de presse de mars 2012, https://unctad.org/fr/pages/PressRelease.aspx?OriginalVersionID=72, consulté le 19/10/2019. Le rapport Statistiques du commerce international 2015 de l’Organisation mondiale du commerce vient appuyer ce communiqué.

[48] Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft

[49] Baidu (moteur de recherche), Alibaba (vente en gros et au détail), Tencent (services internet et mobiles, publicité) et Xiaomi (électronique et informatique)

[50] Keith Bradsher, « Amid Tension, China Blocks Vital Exports to Japan », The New-York Times, 22 septembre 2010,

https://www.nytimes.com/2010/09/23/business/global/23rare.html, consulté le 16/10/2019

[51] Organisation Mondiale du Commerce, Dispute Settlement DS 431- China : Measures Related to the Exportation of Rare Earths, Tungsten and Molybdenum, World Trade Organization, 2015, https://www.wto.org/english/tratop_e/dispu_e/cases_e/ds431_e.htm , consulté le 16/10/2019

[52] Gouvernement canadien, Mining Sector Market Overview 2016 – Japan, The Canadian Trade Commissioner Service, 2016, https://www.tradecommissioner.gc.ca/japan-japon/market-reports-etudes-de-marches/0001460.aspx?lang=eng, consulté le 18/12/2018

[53] Maki SHIRAKI et Naomi Tajitsu, « Honda co-develops first hybrid car motor free of heavy rare earth metals », Reuters, 12 juillet 2016, https://www.reuters.com/article/us-honda-rareearths-idUSKCN0ZS06C, consulté le 16/10/2019

[54] Nihei Satoru, « Toyota and academics lead hunt for rare earths in Japan », Asia Nikkei Review, 2 juillet 2018, https://asia.nikkei.com/Business/Business-Trends/Toyota-and-academics-lead-hunt-for-rare-earths-in-Japan, consulté le 16/10/2019

[55] Consortium REE4EU, « REE4EU – Rare Earth Recycling for Europe », REE4EU Newsletter, n°2, juillet 2016, pp. 1-4

[56] Rapport EURAR, Research and development for the Rare Earth Element supply chain in Europe, Commission Européenne, 2017, pp. 1-40

[57] Joe Turner, « Europe’s rare earth deposits could shore up tech industry », Horizon, 9 mars 2015, https://horizon-magazine.eu/article/europe-s-rare-earth-deposits-could-shore-tech-industry.html, consulté le 16/10/2019

[58] Meyer Teva, « Le sous-sol suédois, objet de convoitise », L’atome de discorde, 20 avril 2017, https://geoposvea.hypotheses.org/556, consulté le 16/10/2019

[59] « Kiruna Iron Ore Mine », Mining Technology, https://www.mining-technology.com/projects/kiruna/, consulté le 16/10/2019

[60] Myrtille Delamarche, « Un gisement de terres rares en vue au Groenland », L’Usine nouvelle, 21 mars 2017, https://www.usinenouvelle.com/article/un-gisement-de-terres-rares-en-vue-au-groenland.N516999, consulté 15/10/2019

[61] Jesper Zeuthen, « Part of the Master Plan? Chinese Investment in Rare Earth Mining in Greenland », Artic Yearbook 2017, pp. 1-14

[62] « Not in my backyard » équivalent à « oui, mais pas chez moi »

[63] Henri Bougault, Philippe Saget, « Les encroûtements cobaltifères de Polynésie française », octobre 2011, https://archimer.ifremer.fr/doc/00069/18029/15560.pdf , consulté le 16/10/2019

[64] Denis Cosnard, « Le projet de Montagne d’or en Guyane va être revu pour obtenir le feu vert de l’Etat », Le Monde, le 07/09/2018

Anne-Charlotte Dusseaulx, « Montagne d’or en Guyane : un “avis favorable” de l’État a relancé le dossier », Le Journal du dimanche, https://www.lejdd.fr/Politique/montagne-dor-en-guyane-un-avis-favorable-de-letat-relance-le-dossier-3925870 , consulté le 16/10/2019

[65] Rapport d’information n°368 du sénateur Éric Doligé fait au nom de la commission des finances, Nickel en Nouvelle-Calédonie : tirer les leçons d’une défiscalisation réussie, Sénat, mars 2011, p. 8, https://www.senat.fr/rap/r10-368/r10-3681.pdf, consulté le 16/10/2019

[66] Myrtille Delamarche , « Solvay renonce au recyclage des terres rares », L’Usine nouvelle, 26 janvier 2016, https://www.usinenouvelle.com/article/solvay-renonce-au-recyclage-des-terres-rares.N375935, consulté le 16/10/2019

[67] Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares. La face cachée de la transition énergétique et numérique, Les liens qui libèrent, janvier 2018

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